Le Parquet du Tribunal de grande instance de Ouaga I a animé, ce vendredi 28 novembre 2025 à Ouagadougou, une conférence de presse consacrée à l’évolution du « dossier Tiégnan 2 », impliquant des agents du ministère de l’Action humanitaire dans une affaire de détournements de fonds destinés aux déplacés internes. À cette occasion, le procureur du Faso, Blaise Bazié, a également dressé le bilan de l’année judiciaire 2024-2025 et présenté les perspectives pour 2025-2026.
Un dossier sensible qui avance
Selon le Parquet, l’information judiciaire relative à la suite du dossier « Amidou Tiégnan » est désormais close. Huit personnes sont renvoyées devant la chambre de jugement spécialisée du Pôle économique et financier (ECOFI) pour des faits présumés de détournement de deniers publics, complicité, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. Leur procès est prévu du 12 au 22 décembre 2025.
Les prévenus sont :
Camille Yaké Yé, Laure Zongo (ancienne ministre), Kouka Dimanche Yaméogo, Josito Mandel Billy Zongo, Payiwendé Billa Pasco, Lydie Bonkoungou, Issiaka Sangaré et Sompagnimdi Ismaël Ouédraogo (commerçant).
Ils sont tous, à l’exception du dernier, des agents ou ex-agents du ministère de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale.
Le procureur a précisé que l’enquête avait été ouverte bien avant les révélations d’Amidou Tiégnan lors de son procès. Quinze personnes avaient initialement été visées, mais seules huit sont aujourd’hui renvoyées devant la justice. Les autres mis en cause, dont trois anciens ministres, ont bénéficié d’un non-lieu.
Des mécanismes de fraude déjà identifiés
Dans son exposé, le procureur Blaise Bazié a détaillé les modes opératoires relevés lors de l’enquête :
dépenses et activités fictives ;
surfacturations ;
détournement à usage personnel de carburant destiné aux activités du ministère ;
mouvements financiers suspects.
Pour garantir le recouvrement des éventuelles condamnations, plusieurs biens immobiliers ont été saisis à titre conservatoire.
Le procureur a également annoncé que le procès pourrait être retransmis en direct, si les conditions matérielles étaient réunies, soulignant le caractère pédagogique de telles audiences.
Un bilan judiciaire marqué par une lutte accrue contre la délinquance financière
Au cours de l’année judiciaire 2024-2025, le Pôle économique et financier a jugé 80 dossiers, impliquant 229 prévenus, dont 176 condamnés et 70 relaxés.
Les condamnations pécuniaires prononcées au profit de l’État atteignent :
15,06 milliards de FCFA d’amendes ;
2,80 milliards de FCFA de dommages et intérêts ;
63 immeubles et 18 véhicules confisqués ;
243 millions de FCFA en espèces saisis.
Deux dossiers ont par ailleurs donné lieu à des accords transactionnels totalisant 15,006 milliards de FCFA, dont 5 milliards d’investissements.
Des ambitions renforcées pour 2025-2026
Pour la nouvelle année judiciaire, le Pôle ECOFI entend poursuivre la dynamique enclenchée. Parmi les priorités annoncées :
organiser des sessions régulières pour réduire les délais de jugement ;
renforcer le suivi des dossiers ;
intensifier la lutte contre la délinquance économique et financière ;
améliorer le recouvrement des condamnations pécuniaires.
Malgré des moyens matériels et humains limités, le procureur s’est voulu résolument engagé :
« La justice burkinabè est debout, vigilante et déterminée à protéger les deniers publics et à sanctionner tous ceux qui se rendraient coupables de malversations, quel que soit leur rang ou leur fonction », a déclaré Blaise Bazié.
Il a enfin salué le travail des différents acteurs de la chaîne pénale qui ont permis la tenue des sessions malgré les contraintes.
✍️ La Rédaction
















