Burkina Faso : Les mutations de la communication présidentielle, deux acteurs clés à la manœuvre

  Au Burkina Faso, la communication présidentielle occupe aujourd’hui une place centrale dans la conduite des affaires publiques. Dans un contexte marqué par la lutte contre le terrorisme, la quête de souveraineté et le renforcement du patriotisme national, la maîtrise de la parole officielle est devenue un outil stratégique. Il ne s’agit plus seulement d’informer, mais de mobiliser, d’expliquer et de fédérer autour d’une vision nationale.

Autrefois davantage déléguée à la presse, la communication présidentielle s’est transformée sous la Révolution progressiste populaire. Elle est désormais un levier d’action à part entière, une « boussole » pour éclairer les citoyens sur les choix du gouvernement et les initiatives du Chef de l’État. Cette mutation s’appuie sur une volonté de mieux structurer le message, d’assurer sa cohérence et de renforcer la proximité entre la Présidence et les populations.

Au cœur de cette évolution, deux figures incarnent cette dynamique : Tiraogo Sougrinoma Ibrahim GUIGMA, actuel Directeur de la communication et des relations publiques de la Présidence du Faso, et le Professeur Serge Théophile BALIMA, enseignant-chercheur et référence nationale en matière de communication et de journalisme, Conseiller spécial du Président du Faso.

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Ibrahim Guigma, un communicateur de terrain

Sougrinoma Ibrahim Guigma, image prise lors d’une séance de décoration.  Arrière-plan modifié

Nommé le 9 janvier 2025, Tiraogo Sougrinoma Ibrahim GUIGMA est chargé de piloter la Direction de la communication et des relations publiques (DCRP) de la Présidence du Faso. Communicateur de formation, il a déjà derrière lui une solide expérience au sein de plusieurs institutions publiques, notamment comme Directeur général de la communication de l’Assemblée législative de la Transition (ALT). Il a également travaillé à l’Agence nationale des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, où il a contribué à moderniser la communication institutionnelle.

À la Présidence, son objectif est clair : rendre la communication plus autonome, plus proactive et plus proche des citoyens. Sous sa direction, la DCRP s’emploie à développer ses propres moyens techniques et humains, afin de diffuser directement les messages présidentiels sans dépendre entièrement des prestataires extérieurs. L’enjeu est à la fois sécuritaire et stratégique : garantir une diffusion fiable, rapide et maîtrisée de l’information officielle.

La Présidence du Faso dispose désormais d’une présence active sur plusieurs canaux : réseaux sociaux, site web institutionnel modernisé, plateformes audiovisuelles et diffusions en direct des grands événements. Cette diversification vise à toucher toutes les couches sociales, en particulier la jeunesse connectée, tout en consolidant l’image d’une Présidence moderne et proche du peuple.

Ibrahim GUIGMA, décrit par ses collaborateurs comme rigoureux et discret, a rappelé dès son installation qu’il plaçait son action sous le signe de la loyauté et du travail collectif. Il se veut un « VDP de la communication », un soldat au service du message présidentiel. Pour lui, la communication ne doit pas être un art de façade, mais un instrument de mobilisation et de cohésion nationale.

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Serge Théophile BALIMA, la sagesse et l’expérience

Professeur Serge Théophile Balima, image entièrement générée par IA

À ses côtés, le Professeur Serge Théophile BALIMA, conseiller spécial du Président du Faso, Balima incarne la mémoire et la profondeur intellectuelle de la communication burkinabè. Universitaire, ancien ministre et diplomate, il fait partie des pionniers du journalisme et des sciences de la communication au Burkina Faso. Professeur à l’Université Joseph Ki-Zerbo, il a formé plusieurs générations de journalistes et de communicateurs aujourd’hui actifs dans les médias, les institutions et les ONG.

Sa vision de la communication repose sur la rigueur intellectuelle, l’éthique et l’adaptation aux mutations du monde contemporain. Dans ses récentes interventions publiques, le Pr Balima a insisté sur la nécessité pour les professionnels de l’information de s’adapter aux nouvelles technologies et de renforcer la transparence dans le traitement de l’information. Il rappelle souvent que la communication n’est pas seulement un instrument de pouvoir, mais aussi un pilier de gouvernance responsable et de cohésion sociale.

En tant que conseiller et formateur, son influence se fait sentir dans la structuration de la communication publique et dans la réflexion sur le rôle des médias dans une société en mutation. Il plaide pour une communication nationale enracinée dans les valeurs endogènes, respectueuse de la culture et des traditions, tout en restant ouverte aux innovations numériques et aux standards internationaux.

Une bataille pour la souveraineté narrative

La communication présidentielle se déploie dans un environnement complexe, où l’information circule à grande vitesse et où les récits sur le Burkina Faso s’affrontent. Les autorités veulent désormais reprendre la main sur leur image, en construisant une narration souveraine fondée sur les réalités du pays.

Face aux campagnes de désinformation et aux représentations souvent biaisées véhiculées par certains médias étrangers, la Présidence du Faso entend opposer un discours cohérent, vérifiable et tourné vers l’action. Cette approche repose sur une logique de souveraineté narrative : dire soi-même ce que l’on fait, montrer par soi-même les progrès accomplis, et défendre son image sur la scène internationale.

Cette ambition s’accompagne d’une montée en puissance des outils numériques. Les diffusions en direct des activités présidentielles, les vidéos explicatives, les campagnes sur les réseaux sociaux et les communiqués interactifs visent à rapprocher l’État du citoyen. Le message est désormais relayé en temps réel, de manière plus accessible, dans un langage direct et inclusif.

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Des défis permanents à relever

La refondation de la communication présidentielle s’accompagne naturellement de défis. Le premier est celui de la cohérence et de la crédibilité du message. Pour que la communication publique soit efficace, elle doit rester en phase avec la réalité vécue par les citoyens et refléter les résultats concrets des actions entreprises.

Un autre enjeu est la gestion de la rapidité de l’information. Dans une ère numérique où les rumeurs circulent plus vite que les communiqués officiels, la DCRP doit conjuguer rapidité et exactitude, sans sacrifier la rigueur. C’est un équilibre délicat, mais nécessaire pour maintenir la confiance du public.

Enfin, la communication présidentielle doit rester inclusive et pédagogique. Le message national doit s’adresser à tous, en tenant compte des divers niveaux de compréhension, des langues nationales et des réalités régionales. Il s’agit d’expliquer, de convaincre et de rassembler autour des priorités nationales.

Ces défis sont abordés avec prudence et méthode. Sous l’impulsion d’Ibrahim GUIGMA, la Présidence privilégie une approche participative et collégiale. Les équipes de communication travaillent en synergie avec les ministères,  ainsi qu’avec les relais communautaires. L’objectif est de créer un écosystème cohérent où chaque acteur contribue à valoriser les actions du gouvernement.

Une communication en mutation

La présence du Pr Serge Théophile BALIMA dans cet environnement constitue un atout moral et intellectuel. Sa réflexion sur l’adaptation des médias aux technologies et sur la réinvention du métier de communicateur inspire les jeunes professionnels. Son approche humaniste, fondée sur les valeurs endogènes et l’intégrité, rappelle que la communication, même institutionnelle, doit rester un espace d’équilibre entre vérité et stratégie.

L’alliance entre l’expertise opérationnelle de Ibrahim GUIGMA et la profondeur intellectuelle du Pr BALIMA illustre une volonté de concilier modernité et sagesse, efficacité et éthique. L’un représente la nouvelle génération des communicateurs d’État, pragmatique et connecté ; l’autre incarne la mémoire et la réflexion stratégique nécessaires à la consolidation d’une communication publique crédible et souveraine.

Assane BAGAYA / Cosmos Ouaga

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