New Delhi, 14 octobre 2025, la visite du ministre afghan des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, en Inde, a pris une tournure inattendue. Trois jours après avoir été exclues d’une première conférence de presse réservée aux hommes, plusieurs femmes journalistes indiennes ont défié le protocole pour interroger le représentant taliban sur la situation des femmes en Afghanistan.
Une photo diffusée par Reuters montre le ministre, assis face à une rangée de journalistes, au sein de l’ambassade d’Afghanistan à New Delhi. L’image est devenue symbolique d’un moment rare : celui d’un membre d’un gouvernement exclusivement masculin confronté publiquement à des voix féminines qu’il tente de faire taire dans son propre pays.
« Pourquoi privez-vous les femmes afghanes de leurs droits fondamentaux, notamment l’accès à l’éducation ? » a lancé Smita Sharma, journaliste indépendante, lors de l’échange.
La visite d’une semaine de Muttaqi constitue la première mission diplomatique majeure d’un haut responsable taliban depuis la prise de pouvoir du mouvement en 2021. Ce déplacement vise, selon les observateurs, à relancer les relations entre Kaboul et New Delhi, dans le cadre des efforts des talibans pour obtenir une reconnaissance internationale.
Cependant, la première conférence de presse organisée vendredi dernier avait suscité un tollé : seules des voix masculines y avaient été conviées. Le Press Club of India a dénoncé une « violation des principes démocratiques et de la liberté de la presse », tandis que la Guilde des rédacteurs en chef a parlé de « discrimination sexuelle flagrante sur le sol indien ».
Le ministère indien des Affaires étrangères a, de son côté, affirmé n’avoir « aucune implication » dans l’organisation de cette rencontre, une déclaration jugée insuffisante par de nombreux journalistes. « Nous espérions au moins que le gouvernement condamne cette exclusion », a regretté Suhasini Haider, rédactrice diplomatique du quotidien The Hindu.
L’épisode a rouvert le débat sur le statut des femmes en Afghanistan, où les talibans imposent des restrictions extrêmes : interdiction d’études secondaires et universitaires, obligation de se déplacer avec un tuteur masculin et contrôle strict de la tenue vestimentaire. L’ONU qualifie cette politique d’« apartheid de genre », tandis que la Cour pénale internationale a récemment demandé des mandats d’arrêt contre deux dirigeants talibans pour crimes contre l’humanité.
Face aux critiques, Amir Khan Muttaqi a tenté de minimiser la polémique, évoquant un « problème technique » dans la sélection des journalistes. Une explication que peu trouvent crédible. Selon Haider, la réaction internationale a poussé les talibans à revenir sur leur position : « Ils ont compris que la mauvaise presse n’en valait pas la peine. »
Lors de la seconde conférence, les femmes journalistes ont pu s’exprimer librement, sans obligation de porter le voile — un contraste saisissant avec la réalité qu’elles dénonçaient
Source : CNN
La Rédaction / Cosmos Ouaga
















