États-Unis : Le Congrès adopte massivement la publication intégrale des dossiers Epstein

Dans un rare moment d’unité bipartisane, la Chambre des représentants et le Sénat américains ont voté massivement en faveur d’une loi exigeant la publication de l’ensemble des dossiers liés à l’affaire Jeffrey Epstein par le département de la Justice. Le texte doit désormais être signé par le président Donald Trump pour entrer en vigueur.

Mardi, la Chambre des représentants a adopté la proposition à 427 voix contre 1, un score écrasant qui reflète la pression publique croissante autour de cette affaire tentaculaire. Le Sénat a indiqué qu’il l’approuverait également à l’unanimité.

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Un rappel de l’affaire Epstein

Jeffrey Epstein, financier multimillionnaire lié aux cercles politiques et mondains américains et internationaux, a été condamné en 2008 pour incitation à la prostitution de mineure, avant d’être de nouveau inculpé en 2019 pour trafic sexuel. Il a été retrouvé mort en prison cette même année, le médecin légiste concluant à un suicide.

Les enquêtes ouvertes en 2008 puis en 2019 ont généré des milliers de documents : dépositions de victimes, courriels, photographies, objets saisis dans ses propriétés et listes de contacts. Beaucoup de ces éléments n’ont jamais été rendus publics et sont communément désignés comme les « dossiers Epstein », entourés depuis des années de spéculations.

La décision du Congrès intervient quelques jours après la publication par les démocrates de plus de 20 000 pages de documents, certains mentionnant le président Donald Trump. Plusieurs victimes, dont Annie Farmer, ont dénoncé lors d’une conférence de presse au Capitole une « trahison institutionnelle » persistante depuis des années.

L’une des figures républicaines les plus bruyantes, la députée Marjorie Taylor Greene, a accusé publiquement Trump d’avoir permis à cette affaire de « déchirer le mouvement MAGA ».

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Trump change de position

Jusqu’à récemment, Donald Trump qualifiait les appels à la publication intégrale des dossiers de « diversion démocrate ». Dimanche soir, il a toutefois exhorté les élus républicains à voter pour la loi, affirmant sur sa plateforme Truth : « Nous n’avons rien à cacher. »

Ce revirement intervient après la diffusion d’e-mails entre Epstein et Ghislaine Maxwell — aujourd’hui incarcérée pour trafic sexuel — dont certains font référence à Trump. L’un des courriels évoque la présence de la victime Virginia Giuffre dans une résidence d’Epstein en compagnie du futur président. Giuffre, décédée en avril dernier, a cependant affirmé n’avoir jamais vu Trump commettre d’abus.

Des personnalités mondiales citées dans les documents

Outre Trump, les documents publiés mentionnent :

> Andrew Mountbatten-Windsor, ancien prince et frère du roi Charles III, déjà associé à l’affaire via d’anciennes accusations.

> Steve Bannon, ex-conseiller de la Maison-Blanche.

> Michael Wolff, journaliste et auteur de Fire and Fury, qui échangeait régulièrement avec Epstein, notamment à propos de Trump durant la campagne présidentielle de 2016.

> Noam Chomsky, intellectuel américain, dont les correspondances avec Epstein portaient majoritairement sur des sujets académiques.


> Aucune de ces mentions n’établit une culpabilité, mais elles illustrent l’étendue du réseau relationnel d’Epstein.

La “Epstein Files Transparency Act” obligerait le ministère de la Justice à publier tous les documents non classifiés relatifs à Epstein : communications, preuves, rapports d’enquête, et matériels saisis.

Jusqu’à 100 républicains seraient prêts à soutenir la mesure, selon Thomas Massie, co-auteur du projet. La publication pourrait lever le voile sur des années de spéculations autour d’une affaire qui mêle criminalité sexuelle, pouvoir politique et élites économiques.

Si Donald Trump, désormais sous pression, signe le texte, les dossiers Epstein pourraient devenir l’un des ensembles documentaires les plus explosifs des deux dernières décennies dans la politique américaine.

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✍️ Assane BAGAYA

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