Le départ brutal de Todd Arrington, ex-directeur de la Bibliothèque et du Musée présidentiel Dwight D. Eisenhower, soulève de vives interrogations aux États-Unis. Sa démission, survenue après avoir refusé de prêter une épée historique de la collection Eisenhower pour en faire cadeau au roi Charles III, illustre la tension croissante entre la politique de Donald Trump et la mission de préservation des institutions culturelles américaines.
Une épée historique au cœur de la controverse
L’information a été rapportée par le journal The New york Times. À la veille de la visite d’État de Donald Trump en Grande-Bretagne, l’administration américaine cherchait un présent symbolique à offrir au roi Charles. L’idée : trouver un objet ayant appartenu au général et président Dwight D. Eisenhower, héros de la Seconde Guerre mondiale.
Une demande fut adressée à la bibliothèque présidentielle d’Abilene (Kansas), qui abrite notamment une épée offerte à Eisenhower en 1947 par la reine Wilhelmine des Pays-Bas. Mais le musée a opposé un refus catégorique : selon la loi, ces objets appartiennent au peuple américain et doivent rester intouchables.
Finalement, Trump a offert une réplique, mais le prix de ce refus fut lourd pour Todd Arrington. Quelques jours plus tard, il fut poussé vers la sortie.
Arrington, historien reconnu et spécialiste de la guerre de Sécession, affirme avoir été contraint de démissionner après près de 30 ans de service public. Il déclare avoir subi des pressions directes et s’interroge :
« Je n’aurais jamais imaginé être renvoyé pour avoir défendu l’intégrité d’un musée. »
Cette éviction, confirmée par plusieurs sources proches du dossier, s’inscrit dans un climat tendu entre Trump et les institutions culturelles indépendantes. Déjà en février, l’ancien président avait limogé l’archiviste national Colleen Shogan, avec qui il était en conflit au sujet de la restitution de documents classifiés.
Analyse : quand la mémoire devient un enjeu politique
Cette affaire révèle une dérive inquiétante : l’utilisation de la mémoire historique comme outil de diplomatie politique.
Pour les chercheurs et conservateurs : le cas Arrington illustre le danger de politisation des musées présidentiels, censés rester neutres et au service du public.
Pour les institutions américaines : l’affaire s’inscrit dans une tendance plus large de privatisation partielle des bibliothèques présidentielles (Obama, Bush), qui affaiblit la mission de neutralité historique.
Pour l’opinion publique : elle relance le débat sur l’indépendance des Archives nationales, gardiennes des trésors historiques de la nation.
Le choix de l’épée Eisenhower n’était pas anodin. Commandant suprême des forces alliées durant la Seconde Guerre mondiale, Eisenhower incarne l’amitié transatlantique et la lutte commune contre le nazisme. L’offrir au roi Charles aurait eu une forte valeur symbolique, mais aussi une portée diplomatique délicate.
En refusant, Arrington a rappelé une vérité fondamentale : les musées présidentiels ne sont pas des réservoirs de cadeaux diplomatiques, mais des sanctuaires de mémoire collective.
Assane BAGAYA / Cosmos Ouaga
















