Guinée Bissau: l’armée renverse Embaló trois jours après la présidentielle

Trois jours après l’élection présidentielle, la Guinée-Bissau a replongé dans une grave crise politique. Le président sortant, Umaro Sissoco Embaló, a été arrêté ce mercredi par des militaires qui affirment avoir pris « le contrôle total du pays », suspendu le processus électoral et fermé toutes les frontières terrestres et aériennes.

L’annonce a été faite en début d’après-midi dans un communiqué lu depuis le siège de l’état-major des armées par le brigadier général Denis N’Canha, chef du bureau militaire de la présidence. Le nouvel organe autoproclamé, baptisé « Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l’ordre public », dit agir pour « garantir la stabilité et prévenir toute déstabilisation du pays ».

Arrestation du chef de l’État et de plusieurs hauts responsables

Plus tôt dans la journée, Umaro Sissoco Embaló avait déclaré à Jeune Afrique qu’il était « en train d’être arrêté » par des hommes en uniforme qui avaient fait irruption au palais présidentiel vers midi. Selon ses propos, aucune violence n’a été exercée à son encontre.

Ont également été arrêtés au même moment :

le chef d’état-major général des armées, général Biague Na Ntan ;

le vice-chef d’état-major, général Mamadou Touré ;

le ministre de l’Intérieur, Botché Candé.


Tous seraient détenus dans les locaux de l’état-major.

Les opposants Domingos Simões Pereira et Fernando Dias da Costa, l’un des principaux candidats à la présidentielle, ont également été appréhendés et conduits à la base aérienne, selon des sources proches de l’opposition.

Tirs dans la capitale et positions militaires renforcées

Dans la matinée, des tirs nourris ont retenti près du palais présidentiel et aux abords de la Commission électorale nationale, provoquant un mouvement de panique dans le centre-ville. Des militaires en treillis ont pris position sur les principaux axes menant au palais, tandis que les habitants se sont réfugiés chez eux.

La capitale Bissau s’est rapidement vidée, les commerces ayant fermé leurs portes dans un climat de forte tension.

Suspension du processus électoral

Les militaires ont ordonné :

la suspension du processus électoral,

l’interruption des émissions radios à caractère politique,

la fermeture des frontières,

un couvre-feu « jusqu’à nouvel ordre ».


Les résultats de l’élection présidentielle du 23 novembre, initialement attendus jeudi, n’ont donc pas été publiés.

Le scrutin du 23 novembre s’était déroulé dans le calme, en l’absence de Domingos Simões Pereira, empêché de se présenter mais dont le parti soutenait Fernando Dias da Costa.

Ces dernières 48 heures, les deux principaux camps rivaux avaient chacun revendiqué la victoire, créant une atmosphère explosive :

Umaro Sissoco Embaló affirmait avoir obtenu 65 % des suffrages, selon son propre décompte.

Fernando Dias da Costa soutenait lui aussi avoir remporté la présidentielle dès le premier tour.


Selon Domingos Simões Pereira, des militaires auraient tenté dans l’après-midi de contraindre la Commission électorale à publier des résultats donnant Embaló vainqueur.

Un pays habitué aux ruptures institutionnelles

La Guinée-Bissau, minée depuis des décennies par l’instabilité politique et par les réseaux de narcotrafic, a déjà connu quatre coups d’État réussis depuis son indépendance en 1974, ainsi que plusieurs tentatives avortées.

Ce nouveau renversement plonge une fois de plus le pays dans l’incertitude :

aucun calendrier de transition n’a été annoncé ;

aucun gouvernement civil ou militaire n’a encore été formellement présenté ;

la Commission électorale reste silencieuse

Les premières réactions commencent à tomber. Le Portugal, ancienne puissance coloniale, appelle à la « reprise du processus électoral » et demande à toutes les parties « d’éviter toute escalade de violence ».

D’autres organisations régionales et internationales devraient s’exprimer dans les prochaines heures.

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