Maria Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, sacrée prix Nobel de la paix 2025

Le Comité norvégien du prix Nobel a décerné, ce vendredi 10 octobre 2025, le prix Nobel de la paix à Maria Corina Machado, principale figure de l’opposition au régime du président Nicolás Maduro. Le jury salue « son travail infatigable en faveur des droits démocratiques du peuple vénézuélien » et « sa lutte pacifique pour une transition juste de la dictature à la démocratie ».
Cette distinction consacre plus de deux décennies de résistance civique face à un pouvoir autoritaire et place de nouveau le Venezuela au centre de l’attention internationale.

Ingénieure de formation, issue d’une famille aisée de Caracas, Maria Corina Machado s’engage en politique dès le début des années 2000. En 2002, elle cofonde l’organisation Súmate, une ONG dédiée à la défense du droit de vote et à la transparence électorale. Deux ans plus tard, elle recueille près de trois millions de signatures en faveur d’un référendum contre Hugo Chávez.
Cet acte de défi lui vaut une interdiction de quitter le territoire, puis des accusations de trahison pour avoir reçu des fonds d’organisations pro-démocratie américaines.
Depuis, sa trajectoire est jalonnée d’intimidations, d’arrestations d’alliés, de censures médiatiques et d’une exclusion de la vie politique. En 2024, elle avait été disqualifiée pour quinze ans de toute élection par le régime Maduro, officiellement pour des « irrégularités administratives ».

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Une vie de clandestinité et de courage

Capture du réseau social X sur la proclamation du Prix Nobel sur la page officielle de l’organisation

Surnommée « La Libertadora », en hommage au héros indépendantiste Simón Bolívar, Maria Corina Machado vit aujourd’hui dans une semi-clandestinité. Ses déplacements sont tenus secrets, et elle communique souvent depuis des lieux inconnus pour des raisons de sécurité.
Ses proches et collaborateurs ont, pour la plupart, été contraints à l’exil. Ses trois enfants vivent aux États-Unis.
Malgré la peur et les menaces, elle poursuit son engagement sur le terrain : « Je suis là où je me sens le plus utile pour la lutte. Si quelque chose m’arrive, personne ne devra négocier la liberté du Venezuela contre ma liberté », confiait-elle récemment.

Si le Comité Nobel a choisi de récompenser Maria Corina Machado, c’est avant tout pour le caractère pacifique de son combat. Contrairement à d’autres opposants, elle n’a jamais prôné la confrontation violente.
Lors des grandes manifestations de 2017 et 2019, qui ont fait plus de 200 morts selon l’ONU, elle a toujours appelé au calme et à la désobéissance civile non violente.
Son engagement pour la paix et les droits humains lui a déjà valu plusieurs distinctions, notamment le prix Sakharov 2024 du Parlement européen et le prix Václav Havel du Conseil de l’Europe.

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Le contexte vénézuélien : une démocratie en sursis

Le prix Nobel 2025 met en lumière une situation politique dramatique au Venezuela. Après plus de dix ans de régime Maduro, le pays connaît une crise humanitaire et institutionnelle profonde : effondrement économique, inflation record, corruption endémique, exode de plus de sept millions de citoyens, selon l’ONU.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent des arrestations arbitraires, des tortures et des procès truqués.
Selon l’ONG vénézuélienne Provea, plus de 1 600 personnes ont été arrêtées pour des raisons politiques depuis l’élection présidentielle de 2024. Amnesty International dénonce également une politique systématique de répression, visant à « faire taire toute voix dissidente ».

En choisissant Maria Corina Machado, le Comité Nobel adresse un message clair : la résistance pacifique reste une arme puissante face à la tyrannie.
Ce prix confère à la cheffe de l’opposition une visibilité mondiale susceptible d’accroître la pression internationale sur Caracas. Il symbolise aussi l’espoir pour des millions de Vénézuéliens aspirant à un changement démocratique.
Le président du Comité Nobel, Jørgen Watne Frydnes, a salué « un exemple exceptionnel de courage civique et de foi dans la démocratie », estimant que « Maria Corina Machado incarne l’idée que la liberté ne se négocie pas ».

Réactions et portée internationale

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La décision du Comité Nobel a suscité des réactions contrastées.
Aux États-Unis, plusieurs responsables politiques ont salué une reconnaissance « méritée » d’une femme qui « incarne la résistance à l’oppression ».
Donald Trump, également cité parmi les favoris, n’a pas obtenu le prix, mais ses partisans ont affirmé que « personne n’avait fait plus pour la paix mondiale que lui ».
À Caracas, le gouvernement de Nicolás Maduro a dénoncé une « ingérence étrangère », estimant que ce prix « récompense une militante d’extrême droite soutenue par Washington ».

Si ce prix marque une victoire morale incontestable, il ne garantit pas une amélioration immédiate de la situation au Venezuela.
Maria Corina Machado reste une opposante sous menace permanente, dans un pays où le pouvoir contrôle la justice, l’armée et les institutions.
Cependant, cette reconnaissance internationale pourrait ouvrir la voie à de nouvelles pressions diplomatiques, et encourager les forces démocratiques à poursuivre leur mobilisation.
Le prix Nobel de la paix 2025 rappelle que la lutte pour la liberté et la dignité humaine demeure universelle, même au cœur de la répression.

Assane BAGAYA  / Cosmos Ouaga

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