“Espionne malgré elle ?” – La défense maladroite de Monica Rinaldi

Une publication Facebook de Monica Rinaldi, une italienne vivant au Burkina, publiée ce dimanche matin, a relancé la polémique sur la place et le rôle de certains expatriés au Burkina Faso. En cherchant à se défendre face à ceux qui l’accusent d’être une « espionne au service des Occidentaux », la féministe semble avoir ravivé, malgré elle, les doutes qu’elle voulait dissiper.

Dans son long message, Monica Rinaldi énumère fièrement son parcours : douze années au Burkina Faso, 37 provinces parcourues, des collaborations ministérielles, et même sa participation à la rédaction d’une politique nationale “novatrice”. Elle y décrit aussi avec émotion son quotidien « avec les Burkinabè », entre marchés, villages reculés et réalités du terrain.

Mais au lieu de calmer le débat, cette mise en scène d’intégration a eu l’effet inverse. Beaucoup y voient une tentative maladroite d’auto-légitimation, voire une forme d’arrogance : celle d’une étrangère convaincue que son ancienneté et ses “bons sentiments” suffisent à faire taire toute suspicion.

Son ton, mêlant fierté et condescendance involontaire mais naïve, trahit cette vision typiquement paternaliste de certains expatriés persuadés d’apporter à l’Afrique les solutions que les Africains seraient incapables de concevoir seuls.

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Douze ans de présence… un argument qui se retourne

En rappelant avec insistance ses douze ans passés au Burkina, Monica Rinaldi pense prouver son enracinement et son innocence. Pourtant, cet argument semble se retourner contre elle. Car dans un contexte où la méfiance envers les acteurs étrangers s’est accentuée, la durée, la proximité et la connaissance du terrain sont précisément les qualités recherchées par les services de renseignement lorsqu’ils veulent infiltrer un pays.

Les récents scandales, notamment celui de l’ONG INSO dont certains employés ont été soupçonnés d’activités d’espionnage, ont montré que les profils les plus intégrés et les plus familiers du pays sont souvent ceux que personne ne soupçonne.

Sans l’accuser, il faut reconnaître que Monica Rinaldi correspond au profil type : étrangère bien insérée, active dans les milieux de la santé publique et du développement, en contact permanent avec les populations rurales comme avec les institutions.

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Le manque d’humilité  de la « bienfaitrice »

Le passage où elle se félicite d’avoir contribué à “l’une des politiques les plus novatrices des vingt dernières années” a particulièrement fait réagir. Pour beaucoup, il illustre une arrogance déplacée : celle d’une expatriée qui s’attribue un rôle central dans l’histoire politique et sociale du pays d’accueil.

Cette manière de se présenter comme “indispensable” réactive un imaginaire colonial à peine voilé : celui du “blanc sauveur”, qui croit connaître mieux le pays que ses propres habitants.

En voulant se justifier, Monica Rinaldi a surtout confirmé ce que ses détracteurs pointent : une méconnaissance du contexte politique et symbolique dans lequel elle évolue. Dans un Burkina Faso marqué par la souveraineté retrouvée et la vigilance face aux ingérences étrangères, revendiquer un tel rôle, même sincèrement, ne peut qu’alimenter les soupçons.

Sa publication, censée clore la polémique, en dit peut-être plus qu’elle ne le pense : elle révèle le malaise persistant entre une partie des expatriés et une opinion burkinabè de plus en plus consciente de sa dignité, de son indépendance et de sa capacité à se définir par elle-même.

✍️ Assane BAGAYA  / Cosmos Ouaga

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