En Côte d’Ivoire, treize membres du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), principal parti d’opposition dirigé par Tidjane Thiam, ont été arrêtés et inculpés depuis le mardi 7 octobre. Selon leur avocat, Sosthène Touré, ces militants sont poursuivis pour « complot contre l’autorité de l’État » et « troubles à l’ordre public ».
Les arrestations ont été effectuées à la suite de la tenue, initialement prévue le 4 octobre, d’une marche interdite organisée conjointement par le PDCI et le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) de l’ancien président Laurent Gbagbo, pour « la démocratie, la justice et la paix ».
Un contexte politique explosif
Le climat politique ivoirien reste particulièrement tendu depuis que le Conseil constitutionnel a rejeté les candidatures des principaux opposants, dont Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo. Thiam est radié de la liste électorale pour des questions de nationalité, tandis que Gbagbo est disqualifié en raison d’une condamnation pénale antérieure. Ces décisions ont provoqué une vague de protestations et des critiques sur l’équité du processus électoral.
Selon Jean-Chrysostome Blessy, député du PDCI, « On veut embastiller tous nos militants pour qu’on ne puisse pas organiser des marches et contester le quatrième mandat, totalement illégal et inconstitutionnel. » L’opposition dénonce une dérive autoritaire alors que le président Alassane Ouattara, au pouvoir depuis 2011, brigue un quatrième mandat, malgré la limitation à deux mandats prévue par la Constitution ivoirienne. Le Conseil constitutionnel, toutefois, considère que la nouvelle Constitution de 2016 a remis le compteur des mandats présidentiels à zéro.
Les 13 personnes arrêtées ont été déférées devant la cellule d’enquête spécialisée dans la lutte antiterroriste. Elles sont soupçonnées d’avoir organisé la marche interdite et de préparer des actions subversives. L’avocat a précisé que l’une des personnes arrêtées semble ne pas être membre du PDCI, et pourrait donc avoir été interpellée par erreur. Les autorités affirment que ces arrestations n’ont aucun lien avec l’appartenance politique et relèvent de procédures d’enquête régulières.
L’opposition face à la présidentielle
Malgré ces tensions, quatre candidats d’opposition sont officiellement qualifiés pour affronter Alassane Ouattara : l’ex-ministre du commerce Jean-Louis Billon, deux anciens alliés de Gbagbo – son ex-épouse Simone Ehivet Gbagbo et l’ex-ministre Ahoua Don Mello – ainsi qu’Henriette Lagou, candidate déjà présente en 2015. Le climat électoral reste toutefois instable, avec la multiplication des marches interdites et l’arrestation de militants, ce qui pose des questions sur la transparence et l’équité du scrutin à venir.
Ces événements soulignent la fragilité de la démocratie en Côte d’Ivoire et la montée des tensions politiques à l’approche des élections présidentielles. Les arrestations répétées de militants de l’opposition, les restrictions sur les manifestations et le débat autour du quatrième mandat du président Ouattara créent un terrain propice aux tensions sociales et politiques. Les observateurs internationaux appellent à un dialogue inclusif afin de prévenir toute escalade.
✍️ La Rédaction / Cosmos Ouaga
















