Présidentielle au Cameroun : entre déclarations contradictoires et tensions politiques, le pays retient son souffle

Au lendemain de l’élection présidentielle au Cameroun, la scène politique nationale s’enflamme. Des vidéos et déclarations circulent sur les réseaux sociaux, provoquant un tourbillon d’accusations, de démentis et de mises au point. Au cœur de la controverse : une vidéo d’Issa Tchiroma Bakary, candidat et ancien ministre de la Communication, filmée depuis son domicile à Garoua, dans le Nord du pays. Dans cette séquence diffusée dans la nuit de lundi à mardi, il se félicite d’une « victoire qui dépasse sa personne » et promet un rapport détaillé sur le scrutin.

La réaction du gouvernement n’a pas tardé. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a dénoncé des faits « d’une extrême gravité », estimant que ces déclarations pouvaient semer le désordre avant la proclamation officielle des résultats.
Son collègue, Jacques Fame Ndongo, figure influente du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), a lui aussi condamné ce qu’il qualifie de « forfaiture », assurant que le parti au pouvoir “ne cédera pas à la provocation” et attendra les résultats avec sérénité.

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L’UNDP dément une prétendue reconnaissance de victoire

Dans la soirée de mardi, un autre front s’est ouvert. Un faux communiqué, attribué à l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP), a circulé sur internet, prétendant que le parti reconnaissait la victoire d’Issa Tchiroma. Réunis d’urgence au siège du parti, ses dirigeants ont vivement réagi.
Pierre Flambeau Ngayap, secrétaire général de l’UNDP, a dénoncé une manipulation grossière :

> « C’est un faux document. Il témoigne du niveau de bassesse auquel certains sont arrivés. »
Il a ensuite appelé à la patience, rappelant que le parti communiquera officiellement sa position une fois le processus de compilation des votes terminé.

Face à cette montée des tensions, plusieurs candidats ont lancé des appels à la retenue. Patricia Hermine Tomaïno Ndam Njoya, de l’Union Démocratique du Cameroun (UDC), a dénoncé des irrégularités massives et un processus “verrouillé”, qui remet en cause la crédibilité du scrutin.
De son côté, Cabral Libii, candidat du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale (PCRN), a demandé aux citoyens de faire preuve de prudence et de patience en attendant les chiffres officiels.
Le Social Democratic Front (SDF), par la voix de Joshua Osih, a quant à lui exprimé son espoir que le Conseil constitutionnel proclame les résultats “fidèlement, tels qu’exprimés par le peuple”.

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Les organisations civiles exigent la transparence d’Elecam

Huit organisations de la société civile camerounaise ont publié une déclaration conjointe exhortant Elecam, l’organe chargé des élections, à garantir l’indépendance et la transparence du processus de compilation. Elles demandent que le verdict final reflète “fidèlement l’expression des urnes”, condition essentielle à la stabilité du pays.

Cette confusion post-électorale illustre une réalité désormais récurrente dans plusieurs scrutins africains : la guerre de communication précède souvent la proclamation officielle des résultats.
Les “fake news” et communiqués falsifiés contribuent à alimenter la méfiance des électeurs, tandis que les institutions électorales sont sommées de prouver leur impartialité.
Au Cameroun, où le RDPC domine la scène politique depuis plus de quatre décennies, la gestion de l’après-scrutin est cruciale pour préserver la paix sociale et la crédibilité du processus démocratique.

La Rédaction  / Cosmos Ouaga

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