En quelques mois, Donald Trump a transformé la Maison-Blanche en forteresse quasi monochrome. Derrière les discours populistes et les promesses de “reconstruction nationale”, une réalité glaçante s’impose : les Afro-Américains sont méthodiquement écartés des plus hautes sphères du pouvoir fédéral.
Une purge silencieuse, implacable, qui symbolise le recul brutal des acquis de la diversité dans la fonction publique américaine.
Robert E. Primus, premier président noir du Surface Transportation Board, n’a reçu qu’un e-mail. Pas d’appel, pas d’explication — juste un message sec lui annonçant la fin de son mandat.
Son remplaçant ? Un homme blanc, choisi sans concertation.
“Peut-être pensait-il que ce poste n’était pas pour nous”, lâche-t-il, amer, évoquant la phrase de campagne de Trump selon laquelle « les immigrés prennent les emplois des Noirs ».
Derrière ce cas individuel, c’est tout un symbole : celui d’une administration qui renvoie sans ménagement ceux qui incarnent la diversité, au profit d’un entre-soi blanc assumé.
Des chiffres qui dénoncent une exclusion organisée
Selon la Brookings Institution, sur 98 nominations de haut niveau effectuées par Trump depuis janvier, seules deux concernent des Afro-Américains — soit 2 %.
Jamais, depuis des décennies, la présence noire dans le gouvernement fédéral n’a été aussi faible.
Sous Biden, ce taux atteignait 21 %. Sous Obama, 13 %.
Sous Trump ? C’est le vide.
“Quand nous ne sommes pas dans la pièce, les choses ne se passent pas mieux pour nous”, rappelle Dedrick Asante-Muhammad, du Joint Center for Political and Economic Studies.
Une évidence que la nouvelle administration semble vouloir ignorer.
Charles Q. Brown Jr., premier chef d’état-major noir, Carla Hayden, bibliothécaire du Congrès, Gwynne Wilcox, juriste du travail, Alvin Brown, commissaire à la sécurité des transports, Willie Phillips, président de la commission fédérale de l’énergie…
Tous écartés. Tous remplacés. Tous noirs.
Le message est clair : l’ère Trump 2.0 ne veut pas seulement “drainer le marécage”, elle veut effacer la diversité.
Et les femmes noires, souvent pionnières dans leur domaine, sont en première ligne de ce recul historique.
L’abolition des politiques de diversité : retour aux années 1950
L’un des premiers gestes du nouveau président a été de supprimer les programmes DEI (diversité, équité et inclusion) dans l’ensemble du gouvernement fédéral.
Un décret sec, signé dans l’indifférence générale, mais dont les effets sont dévastateurs.
“Nous étions des cibles”, témoigne Gwynne Wilcox. “Mais je n’ai pas été nommée pour cocher une case, j’ai été nommée parce que j’étais qualifiée.”
Son éviction, jugée illégale, est aujourd’hui portée devant la Cour suprême.
Depuis les années 1960, le service public américain a été une rampe d’accès vers la stabilité et la dignité pour des millions d’Afro-Américains.
Aujourd’hui, cette porte se referme.
“Le gouvernement fédéral a longtemps été le moteur de l’égalité raciale”, rappelle l’historien Frederick Gooding Jr. “Sous Trump, il devient l’instrument de sa négation.”
Cathy Albisa, ex-dirigeante de Race Forward, parle sans détour :
“C’est une nouvelle ségrégation dans la fonction publique.
Un message clair : ‘le pouvoir n’est pas pour vous’.”
Interrogée par des médias américains sur cette pratique, la Maison-Blanche rejette toute accusation.
“Le président Trump bâtit un gouvernement pour tous les Américains”, affirme le porte-parole Kush Desai.
Mais derrière la communication, les faits parlent d’eux-mêmes : un gouvernement quasiment entièrement blanc, où les voix noires se taisent les unes après les autres.
Et dans les communautés afro-américaines, la colère gronde.
Parce qu’au-delà des postes perdus, c’est une place symbolique dans la nation que l’on retire à des millions de citoyens.
Parce qu’en 2025, aux États-Unis, le pouvoir redevient — littéralement — une affaire de couleur.
Source : The New York Times
✍️ Assane BAGAYA / Cosmos Ouaga
















