Le climat politique sénégalais s’est encore crispé ces derniers jours, marqué par une série d’échanges publics qui révèlent un profond désaccord entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko. Les divergences, exprimées essentiellement à travers des communiqués officiels, donnent désormais l’image d’un bras de fer assumé au sommet de l’État.
Le mardi 11 novembre au soir, la présidence a annoncé la démission d’Aïssatou Mbodj, figure proche d’Ousmane Sonko et dirigeante de la coalition présidentielle. Elle est remplacée par Aminata Touré, conseillère spéciale du chef de l’État et coordinatrice de sa campagne électorale en 2024.
Cette décision marque une première rupture avec la position défendue par Ousmane Sonko, qui déclarait quelques jours plus tôt, lors d’un rassemblement public, qu’aucun changement n’était envisagé à la tête de la coalition.
L’absence remarquée d’Ousmane Sonko lors du Conseil des ministres du 12 novembre a renforcé les interrogations. Bien qu’en congé officiel, le Premier ministre avait participé à une cérémonie militaire en début de semaine, un détail qui n’a pas échappé à l’opinion publique.
En réponse à la décision présidentielle, Ousmane Sonko a réuni d’urgence la direction de son parti, le Pastef. Dans un communiqué, la formation politique estime que le président Diomaye Faye « n’a pas le pouvoir de démettre » Aïssatou Mbodj, arguant qu’il n’est pas le président de la coalition concernée.
Le parti rejette également la nomination d’Aminata Touré, évoquant des divergences de « valeurs et de principes ». La présidence, de son côté, n’a pas réagi publiquement à ces contestations.
Au cœur de cette tension se trouve la question de l’autorité politique au sein de l’exécutif et de la coalition au pouvoir. Le communiqué présidentiel publié le 11 novembre contredisait directement une déclaration récente du Premier ministre, signe d’une volonté affichée du chef de l’État de réaffirmer sa prérogative dans la conduite des affaires publiques.
Les médias locaux et les analystes politiques s’interrogent désormais sur la capacité du président à gouverner dans un contexte où son Premier ministre demeure une figure influente, cumulant un leadership partisan et un important capital politique. Lors d’un meeting à forte mobilisation populaire, Ousmane Sonko a rappelé son poids dans la scène politique nationale.
Pour plusieurs observateurs, la situation laisse apparaître une fracture profonde au sein du duo exécutif. Le journaliste et politologue Assane Samb estime que l’absence d’accord entre les deux dirigeants pourrait entraîner une crise institutionnelle : « Si le président et le Premier ministre ne s’entendent pas, chaque ministre devra choisir son camp, et cela rendra la gouvernance particulièrement difficile », analyse-t-il.
Cette tension politique n’est pas sans conséquence sur les marchés financiers. Le 12 novembre, une nouvelle baisse de la valeur des eurobonds sénégalais a été enregistrée. Certains acteurs économiques ont exprimé leur inquiétude, évoquant sur les réseaux sociaux « le spectre d’une instabilité politique » qui vient accentuer un contexte économique déjà fragile.
✍️ Assane BAGAYA
















