Né le 19 septembre 1952 à Ouagadougou, Simon Compaoré est l’une des personnalités politiques les plus marquantes du Burkina Faso contemporain. Ancien maire de la capitale, cadre du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) avant de devenir cofondateur du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), il a traversé les régimes et les crises en démontrant une habileté stratégique qui force l’attention. Sa trajectoire illustre la capacité d’adaptation et le flair politique d’un homme qui, depuis plus de trois décennies, occupe une place centrale dans l’échiquier burkinabè.
De l’ombre de Blaise Compaoré à l’ascension du CDP
La carrière politique de Simon Compaoré commence dans les rangs du CDP, parti au pouvoir sous la présidence de Blaise Compaoré. En 1995, il est élu maire de Ouagadougou, fonction qu’il occupe jusqu’en 2012. Durant 17 années, il transforme profondément la capitale en impulsant des projets d’aménagement urbain, de modernisation des infrastructures et d’organisation des services municipaux. À travers son style direct et sa proximité avec les populations, il se forge une réputation d’homme de terrain.
En interne, il devient un cadre influent du CDP. Ses compétences en organisation politique et en mobilisation militante font de lui un pilier du parti. Mais au fil des années, des divergences apparaissent quant à la gouvernance interne et à l’avenir du pays.
Le tournant de 2014 : rupture et création du MPP
Le 6 janvier 2014 marque un tournant décisif. Avec Roch Marc Christian Kaboré et Salif Diallo, Simon Compaoré claque la porte du CDP. Ensemble, ils dénoncent la volonté de révision de l’article 37 de la Constitution qui aurait permis à Blaise Compaoré de briguer un nouveau mandat. Quelques jours plus tard, les trois hommes fondent le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Simon Compaoré en devient le deuxième vice-président.
Le MPP se présente alors comme une alternative crédible, s’appuyant sur le rejet populaire d’un pouvoir jugé usé et autoritaire. La même année, l’insurrection d’octobre 2014 chasse Blaise Compaoré du pouvoir. Simon Compaoré apparaît dès lors comme l’un de ceux qui ont anticipé la fin d’un cycle politique.
L’art de la stratégie électorale
Si Roch Marc Christian Kaboré devient président en novembre 2015, c’est aussi grâce au savoir-faire de Simon Compaoré. Stratège aguerri, il déploie un sens aigu du marketing politique et de la mobilisation de terrain. Les campagnes électorales de 2015 puis de 2020 portent l’empreinte de ses méthodes.
Au-delà des slogans et des symboles populaires, Simon Compaoré veille à la discipline des troupes, à la cohérence des messages et à la structuration du parti. « Le MPP doit être plus combatif, plus actif et plus productif pour rendre à notre peuple ce qu’il nous a donné », déclarait-il en 2019 lors d’une rencontre avec les militants. Cette exigence d’efficacité a contribué à la réélection de Roch Marc Christian Kaboré en novembre 2020 avec près de 58 % des voix dès le premier tour.
Ministre d’État et artisan de la sécurité
Après la victoire de 2015, Simon Compaoré entre au gouvernement comme ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité intérieure. Il occupe par la suite le poste de ministre d’État chargé de la Sécurité. À cette fonction, il est confronté aux défis majeurs de la montée du terrorisme et des violences communautaires.
Son style pragmatique et ferme lui vaut parfois des critiques, mais aussi le respect de nombreux observateurs. Face aux attaques qui endeuillent le pays, il appelle régulièrement à la vigilance et à l’unité nationale. Dans ses discours, il insiste sur la nécessité d’une collaboration entre forces de défense, populations et autorités locales.
L’homme qui sent les tempêtes
L’une des particularités de Simon Compaoré est sa capacité à se retirer à temps des situations devenues intenables. Ce trait lui vaut la réputation d’“homme qui anticipe les crises”. En quittant le CDP quelques mois avant l’insurrection populaire de 2014, il a confirmé son instinct politique. Son parcours illustre cette aptitude à comprendre le sens de l’histoire et à repositionner ses choix avant que le navire ne sombre.
De même, à la veille des bouleversements qui ont conduit au coup d’État de janvier 2022, son retrait progressif de la scène exécutive a été interprété comme une nouvelle preuve de son flair. S’il n’a jamais revendiqué une capacité prophétique, il reconnaît lui-même que « la politique n’est pas une science exacte, mais une affaire d’anticipation et de lecture attentive des signes du temps ».
Un acteur controversé mais incontournable
Bien que respecté pour ses compétences organisationnelles, Simon Compaoré n’échappe pas aux critiques. Certains lui reprochent une forme d’opportunisme et une tendance à se repositionner selon les rapports de force. D’autres, au contraire, y voient une intelligence politique rare, nécessaire dans un contexte burkinabè marqué par l’instabilité et les changements rapides.
Son style, souvent discret, tranche avec celui de figures plus médiatiques. Mais derrière cette retenue se cache un sens aigu des équilibres politiques et une capacité à mobiliser sans forcément occuper le devant de la scène.
Héritage et postérité
Aujourd’hui, Simon Compaoré demeure une référence dans l’histoire politique du Burkina Faso. Maire bâtisseur, stratège électoral, ministre de la Sécurité, il a marqué durablement la vie nationale. Son influence dépasse les clivages : il incarne l’art de survivre et de rester pertinent dans un environnement politique mouvant.
Dans un pays en quête de stabilité, son parcours illustre la nécessité d’allier conviction, discipline et sens de l’opportunité. Qu’on le considère comme un visionnaire ou comme un opportuniste pragmatique, il reste l’une des figures incontournables pour comprendre la politique burkinabè des trente dernières années.
Le nom de Simon Compaoré est indissociable des grandes étapes de la vie politique récente du Burkina Faso : la domination du CDP, la naissance du MPP, l’insurrection populaire de 2014, la victoire de Roch Kaboré en 2015 et 2020, puis la gestion de la sécurité nationale dans un contexte de menaces croissantes. Son flair politique, son sens de l’organisation et sa capacité à anticiper les crises lui confèrent une place singulière.
Stratège discret mais influent, il incarne une certaine école politique burkinabè : celle qui privilégie la discipline, la constance et l’adaptation. Dans un pays en perpétuelle recomposition, Simon Compaoré reste un homme dont le parcours éclaire autant les réussites que les fragilités de la démocratie burkinabè.
Assane BAGAYA / Cosmos Ouaga
















