L’administration Trump a informé le Congrès qu’elle ne dispose, à ce jour, d’aucune justification juridique permettant de mener des frappes militaires à l’intérieur du Venezuela. Cette mise au point intervient alors que le renforcement du dispositif militaire américain dans les Caraïbes suscitait de nombreuses interrogations sur une possible intervention dans le pays sud-américain.
Selon des sources proches du dossier, cette information a été présentée lors d’un briefing à huis clos par le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et un juriste de la Maison-Blanche. Les responsables ont assuré aux législateurs que les États-Unis ne prévoient pas, pour l’heure, de frappes terrestres au Venezuela.
Ils ont précisé que l’avis juridique du Bureau du conseiller juridique du ministère de la Justice (OLC), dévoilé le mois précédent par CNN, n’autorise que les frappes contre des bateaux suspectés de transporter de la drogue. Cet avis ne couvre aucunement des opérations militaires au Venezuela ni sur d’autres territoires souverains. De même, l’« ordre d’exécution » ayant lancé en septembre la campagne américaine contre les navires liés aux cartels ne permet pas d’étendre les frappes aux cibles situées à terre.
Toutefois, un responsable américain a reconnu que l’administration Trump étudie toujours la possibilité de solliciter un avis juridique distinct, qui autoriserait d’éventuelles frappes terrestres sans passer par une approbation du Congrès. Aucune décision n’a encore été arrêtée, mais Washington ne ferme pas complètement la porte à une évolution de sa stratégie. « Ce qui est vrai aujourd’hui peut changer demain », a déclaré ce responsable.
Un dispositif militaire renforcé mais présenté comme “non offensif”
Le déploiement massif de moyens militaires dans les Caraïbes, qui inclura prochainement le groupe aéronaval USS Gerald R. Ford, a alimenté les spéculations sur une possible intervention. Mais selon deux sources informées, ces forces sont officiellement mobilisées dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic et pour des opérations de renseignement.
Jusqu’ici, l’administration s’est efforcée de contourner l’implication du Congrès. Lors d’une audition récente, un haut responsable du ministère de la Justice a soutenu que les frappes létales contre des trafiquants présumés étaient légales sans aval parlementaire, estimant que la loi encadrant les pouvoirs de guerre ne s’appliquait pas à ces opérations.
La Maison-Blanche maintient cette position. « Le président Trump a été élu pour combattre les cartels et protéger les Américains du narcoterrorisme », a déclaré un porte-parole, affirmant que toutes les actions entreprises respectent le droit des conflits armés.
Des frappes en mer controversées
Depuis septembre, l’armée américaine a mené 17 frappes contre des navires dans les Caraïbes et dans le Pacifique Est, causant au moins 70 morts. Or, des responsables ont reconnu devant le Congrès qu’ils ne connaissaient pas toujours l’identité exacte des personnes à bord des embarcations ciblées.
Les frappes sont décidées sur la base de renseignements reliant les navires à des cartels. Lors de la réunion du mercredi, les responsables ont expliqué le processus de collecte d’informations et de ciblage.
Mais cette justification ne convainc pas tout le monde. Le sénateur démocrate Mark Warner a reconnu que les capacités de renseignement étaient « plutôt bonnes », tout en s’interrogeant sur le recours systématique à la force létale plutôt qu’à des interceptions, qui permettraient de collecter des preuves.
Le représentant Gregory Meeks a également exprimé ses doutes, affirmant qu’aucun élément présenté lors du briefing ne l’avait convaincu de la légalité des frappes. Il a ajouté que les responsables n’avaient pas fourni de preuves montrant les liens entre les navires visés et les organisations criminelles.
Face aux critiques, Marco Rubio a assuré que chaque opération est menée sur la base d’un suivi précis : « Nous savons où ces bateaux vont, leurs points de déchargement et les organisations auxquelles ils sont liés. La procédure est très rigoureuse », a-t-il insisté.
Malgré ces affirmations, le débat sur la légalité et la justification réelle de ces opérations reste entier. Et dans un contexte géopolitique tendu, la question d’une éventuelle extension des opérations américaines au-delà des eaux internationales continue d’alimenter les inquiétudes.
✍️ La Rédaction
















