Le colonel Michaël Randrianirina, 51 ans, est devenu ce vendredi 17 octobre le nouveau président de Madagascar, à la suite d’une revole population et d’une intervention militaire qui a conduit à la fuite du président Andry Rajoelina. À Paris, la France a appelé au respect des « aspirations profondes du peuple malgache », tandis que l’ONU et l’Union africaine ont dénoncé un changement inconstitutionnel de pouvoir.
Chef du Capsat, une unité des forces armées malgaches à l’origine d’une mutinerie le week-end dernier, Michaël Randrianirina a prêté serment dans la capitale, devenant ainsi le « président de la refondation » du pays.
Son accession au pouvoir intervient après trois semaines de violentes manifestations à Antananarivo et dans plusieurs villes du pays, ayant fait au moins 22 morts et plus d’une centaine de blessés selon l’ONU.
Ironie du sort : en l’espace de deux ans, ce colonel a connu un destin fulgurant, passant d’un accusé de tentative de putsch à la plus haute fonction de l’État — sans passer par les urnes.
De l’ombre à la lumière
Arrêté en novembre 2023 pour une présumée tentative de coup d’État, Randrianirina avait été condamné début 2024 à un an de prison avec sursis pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Placé en résidence surveillée, il a finalement recouvré la liberté en février 2025.
« Je n’avais plus de commandement, je travaillais chez moi, je jouais au foot », confiait-il récemment à l’AFP. Son profil discret, sa réputation d’homme de foi issu de l’Église luthérienne et son attitude jugée « courageuse » ont renforcé sa popularité auprès d’une partie de la population.
« Dans un contexte de chaos, l’armée a été perçue comme le dernier rempart capable de rétablir l’ordre », souligne une source proche des militaires.

Pour le colonel Randrianirina, il ne s’agit pas d’un coup d’État.
« Un coup d’État, c’est quand les soldats prennent le palais présidentiel, tirent et font couler le sang. Ce n’est pas ce que nous avons fait », a-t-il assuré lors de sa prestation de serment.
Ses partisans rejettent également cette qualification, préférant parler d’un « mouvement de refondation nationale ». Toutefois, la communauté internationale ne partage pas cet avis : l’Union africaine a suspendu Madagascar de ses instances, tandis que l’ONU a fermement condamné la prise de pouvoir.
Un opposant devenu symbole
Originaire de la région de l’Androy, dans le sud du pays, où il fut gouverneur de 2016 à 2018, le colonel Randrianirina s’est imposé comme l’une des figures du mouvement de contestation lancé par le collectif Gen Z, farouchement opposé au régime de Rajoelina.
L’ex-président, désormais en exil, est accusé par ses opposants d’avoir manipulé les dernières élections et d’avoir conduit le pays à la dérive économique.
Le nouveau chef de l’État a promis de nommer rapidement un Premier ministre et d’organiser des élections « dans un délai de 18 à 24 mois ». Il a également affirmé vouloir engager « une refondation institutionnelle » pour restaurer la confiance entre le peuple et l’armée.
Reste à savoir si le colonel Randrianirina parviendra à transformer cette prise de pouvoir contestée en transition pacifique, ou si Madagascar s’enfoncera dans une nouvelle ère d’incertitudes politiques.
La Rédaction / Cosmos Ouaga
















