Népal : révolte populaire, 19 morts et la démission du Premier ministre après le blocage des réseaux sociaux

Nepal

Le Népal traverse l’une des plus graves crises politiques et sociales de son histoire récente. Depuis lundi 8 septembre, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues, principalement à Katmandou, pour dénoncer à la fois la corruption endémique des élites et la décision controversée du gouvernement de bloquer l’accès aux principales plateformes de réseaux sociaux. La répression a été sanglante : au moins 19 morts et plus de 400 blessés ont été recensés, selon un bilan officiel.

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Un blocage numérique qui a mis le feu aux poudres

La crise a éclaté après l’application stricte d’un arrêt rendu en 2023 par la Cour suprême népalaise. Jeudi 4 septembre, les autorités ont décidé de bloquer 26 plateformes en ligne, dont Facebook, YouTube, X (ex-Twitter) et LinkedIn, sous prétexte qu’elles n’avaient pas respecté les délais d’enregistrement auprès des régulateurs nationaux. Ce geste a provoqué une onde de choc dans un pays où les réseaux sociaux sont devenus un outil central d’expression politique, sociale et économique.

Très vite, la frustration s’est transformée en colère. Dès lundi, des milliers de manifestants ont défilé à Katmandou et dans d’autres grandes villes pour exiger la levée immédiate du blocage et dénoncer la corruption qui gangrène le sommet de l’État. La police a ouvert le feu à balles réelles pour tenter de disperser la foule, aggravant la situation et radicalisant la contestation.

Escalade de la violence et démission forcée

La tension a franchi un cap le mardi 9 septembre. Des émeutiers ont incendié le domicile du Premier ministre KP Sharma Oli, âgé de 73 ans, ainsi que le Parlement népalais. Devant l’ampleur du soulèvement, trois ministres ont présenté leur démission dans la matinée, suivis quelques heures plus tard par le chef du gouvernement lui-même. Dans une lettre adressée au président Ramchandra Paudel, Oli a déclaré se retirer « afin que des mesures puissent être prises en vue d’une solution politique ».

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Arrivé pour la première fois au pouvoir en 2015, puis réélu en 2018, brièvement reconduit en 2021 et enfin réinvesti en 2024 à la tête d’une coalition, Oli était une figure incontournable de la vie politique népalaise. Son départ marque un tournant inattendu dans un pays encore marqué par une guerre civile qui a duré jusqu’en 2008, année de l’abolition de la monarchie.

Bâtiments publics et dirigeants visés

Malgré l’instauration d’un couvre-feu dans plusieurs districts de la vallée de Katmandou, des milliers de jeunes manifestants ont poursuivi leurs actions. Ils ont pris pour cible des bâtiments gouvernementaux et des résidences de responsables politiques. Plusieurs vidéos circulant en ligne montrent des foules brandissant le drapeau national face aux canons à eau des forces de sécurité.

L’ancien Premier ministre Sher Bahadur Deuba, soutien du gouvernement déchu, a même été attaqué physiquement par des manifestants en colère, illustrant le climat d’extrême hostilité qui règne dans les rues.

Réseaux sociaux rétablis sous pression

Sous la pression populaire et internationale, le gouvernement a rétabli l’accès aux réseaux sociaux mardi 9 septembre, après cinq jours de coupure. Le ministre de la Communication, Prithvi Subba Gurung, a confirmé la levée du blocage. Cette décision n’a toutefois pas suffi à calmer la rue, où les appels à une refonte complète du système politique se multiplient.

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Réactions nationales et internationales

Face à cette crise, le président Paudel a exhorté les parties prenantes à privilégier la voie du dialogue et de la retenue. L’ancienne cheffe de la Cour suprême, Shushila Karki, est citée comme une personnalité capable de diriger la transition. Le maire de Katmandou, quant à lui, a appelé sur Facebook à « prendre les rênes du pays ».

À l’international, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit « consterné par l’escalade de la violence » et a exhorté Katmandou à respecter la liberté d’expression et le droit de manifester pacifiquement. Amnesty International a également demandé l’ouverture d’une enquête indépendante sur les violences policières.

Une incertitude persistante

Malgré la démission du Premier ministre et le retour des réseaux sociaux, la situation reste tendue. La colère populaire, nourrie par des décennies de corruption et de frustrations économiques, pourrait dépasser la seule question du blocage numérique. La capacité du pays à trouver une issue pacifique dépendra désormais de la mise en place rapide d’un consensus politique crédible et inclusif.

Le Népal entre ainsi dans une phase décisive de son histoire récente, où les aspirations d’une jeunesse connectée se heurtent aux résistances d’un système politique fragilisé.

Rédaction / Cosmos Ouaga

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