Révolution progressiste et populaire : une nouvelle trajectoire politique pour le Burkina Faso

Depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2022, le président capitaine Ibrahim Traoré a présenté un cadre de gouvernance inédit au Burkina Faso : la Révolution progressiste et populaire (RPP). Selon ses communications publiques, il ne s’agit pas d’un modèle démocratique classique, mais d’une révolution politique et sociale qui entend refonder les bases de l’État autour de la rigueur, de la discipline et de l’intérêt général. Cette orientation, qui rompt avec les expériences politiques antérieures, soulève à la fois des espoirs et des interrogations dans un pays marqué par de profondes attentes en matière de développement.

Publicité

Les fondements de la RPP

Le RPP repose sur trois piliers principaux. D’abord, la rigueur dans la gestion des ressources publiques, qui vise à limiter la corruption et à assurer une utilisation transparente des deniers de l’État. Ensuite, la discipline et le civisme, entendus comme le respect des règles de vie en société et des institutions. Enfin, la répartition équitable des ressources, afin que chaque citoyen puisse bénéficier des richesses nationales.

Ce modèle, qui conserve certains aspects positifs de la démocratie comme la liberté d’expression, insiste toutefois sur des limites claires : la liberté doit être « mesurée », c’est-à-dire constructive et non nuisible au progrès collectif. La vision affichée est donc celle d’un équilibre entre participation citoyenne et cadre discipliné, entre justice sociale et contrôle de l’action publique.

Contexte du Burkina Faso : entre urgences et opportunités

Le Burkina Faso fait face à des défis structurels majeurs. Le pays connaît depuis plusieurs années une crise sécuritaire qui a entraîné le déplacement de plus de 2 millions de personnes selon le Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR, 2024). Cette situation pèse lourdement sur les services sociaux de base, notamment l’éducation et la santé.

Sur le plan éducatif, l’analphabétisme reste élevé. Le cinquième Recensement Général de la Population et de l’Habitation (2019) a révélé que 70,3 % des adultes ne savent ni lire ni écrire. Malgré un taux brut de scolarisation primaire estimé à 88,5 % en 2017 (UNICEF), l’accès reste inégal selon les régions, et les attaques contre des établissements scolaires ont aggravé la déscolarisation dans les zones en insécurité.

Au niveau économique, le Burkina Faso, pays sahélien enclavé, dépend fortement de l’agriculture qui occupe environ 80 % de la population active (Banque mondiale). Pourtant, les aléas climatiques et la pression démographique limitent la productivité, accentuant les vulnérabilités sociales.

A lire aussi :  Le Président du Faso à l'ouverture de la 15e édition du FRSIT : Un appel à l'innovation pour la Révolution burkinabè

C’est dans ce contexte que le RPP cherche à instaurer une nouvelle discipline collective, censée renforcer la résilience de la nation face aux crises.

Initiatives mises en avant

Parmi les actions associées à la Révolution progressiste et populaire, deux programmes symbolisent la mise en œuvre pratique : l’Immersion patriotique et le Camp vacances Faso Mêbo. Ces initiatives visent à inculquer chez les jeunes un sens accru du civisme, de la solidarité et de l’attachement à la nation. L’objectif est d’agir dès le plus jeune âge pour transformer les comportements sociaux et créer une génération consciente de l’intérêt général.

Par ailleurs, la lutte contre l’incivisme routier et urbain illustre la volonté d’instaurer des règles plus strictes. Dans plusieurs villes comme Ouagadougou, Bobo Dioulasso, Koudougou, Tenkodogo ou Dédougou, des centaines de contrevenants ont été interpellés pour non-respect du code de la route ou comportements inciviques, et soumis à des travaux d’intérêt général. Ces opérations associent sanction et pédagogie, et cherchent à renforcer la discipline collective dans l’espace public.

Forces potentielles du modèle

La RPP présente plusieurs atouts. En premier lieu, elle affirme une orientation claire et différente, ce qui peut susciter une dynamique nouvelle dans la gestion publique. La promesse de rigueur dans l’utilisation des finances publiques répond à une demande persistante de transparence et d’efficacité.

L’accent mis sur l’éducation et la participation populaire peut aussi contribuer à réduire les inégalités sociales et à renforcer la cohésion nationale. Si les ressources sont mieux redistribuées et que les citoyens perçoivent un impact concret dans leur quotidien, la légitimité de ce mode de gouvernance pourrait s’en trouver consolidée.

Enfin, en se présentant comme un modèle intermédiaire entre démocratie libérale et régime autoritaire, le RPP pourrait offrir une stabilité institutionnelle mieux adaptée aux réalités locales, tout en préservant un espace de participation citoyenne.

Défis et limites

Malgré ses ambitions, la Révolution progressiste et populaire se heurte à de nombreux obstacles. Le premier est celui de la transformation des mentalités. Les pratiques d’individualisme, de clientélisme ou de corruption, présentes depuis des décennies, ne disparaissent pas du jour au lendemain. Mais c’est pas un défi insurmontable.

Un second défi concerne la liberté d’expression. Le dynamisme de la RPP dépendra de sa capacité à maintenir un équilibre entre contrôle et ouverture, afin de valoriser les discours « constructeurs » et minimiser les voix discordantes souvent en déphasage avec l’intérêt général.

A lire aussi :  Burkina Faso : Les grands chantiers présidentiels du Capitaine Ibrahim Traoré au service du peuple

Rôle des acteurs sociaux et institutionnels

Pour que la Révolution progressiste et populaire se matérialise, il est nécessaire que les institutions publiques, la société civile et les organisations communautaires soient pleinement impliquées. Les autorités doivent fournir un cadre clair, des outils de suivi et une transparence dans l’évaluation des politiques publiques. Les acteurs sociaux, de leur côté, peuvent contribuer à sensibiliser les populations, à relayer les besoins locaux et à renforcer la participation citoyenne.

Dans cette dynamique, le Conseil d’Orientation et de Réflexion pour l’Action Gouvernementale (CORAG), dirigé par le capitaine Farouk Azaria Sorgho, occupe une place centrale. Sa mission consiste à contribuer à la crédibilisation des institutions publiques, qui doivent constituer le socle sur lequel repose l’édification du système de la Révolution progressiste et populaire.

Cette synergie est essentielle pour éviter les dérives, garantir une appropriation collective et assurer que les réformes ne soient pas perçues comme imposées mais comme partagées.

Perspectives

Si la Révolution progressiste et populaire parvient à s’implanter durablement, elle pourrait initier une transformation en profondeur de la société burkinabè. Le civisme et la discipline, enseignés dès l’école et valorisés dans la vie publique, pourraient devenir des normes sociales. L’éducation de masse, combinée à une redistribution plus équitable des ressources, contribuerait à réduire les inégalités régionales et sociales.

Sur le plan politique, la  RPP pourrait évoluer vers une forme de démocratie participative adaptée aux réalités nationales : un système où l’engagement citoyen est encouragé, mais dans un cadre rigoureux qui valorise la responsabilité collective.

La proclamation de la Révolution progressiste et populaire par le président Ibrahim Traoré marque un tournant politique. Fondée sur la rigueur, la discipline et l’intérêt général, cette approche vise à dépasser les limites des modèles démocratiques traditionnels. Ses forces résident dans la clarté de ses objectifs et les initiatives déjà amorcées. L’avenir de la RPP dépendra de sa mise en œuvre concrète et de sa capacité à convaincre par les résultats. Si les promesses de transparence, de justice sociale et de discipline collective se traduisent dans la vie quotidienne des Burkinabè, cette révolution pourrait ouvrir la porte à une nouvelle forme de gouvernance en Afrique.

Assane BAGAYA / Cosmos Ouaga

Étiquetté :

LAISSER UN COMMENTAIRE

Abonnez-vous et soyez les premiers à recevoir nos articles