Depuis plusieurs temps, la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB) est au cœur de nombreuses critiques de la part de ses téléspectateurs. En cause : une qualité d’image jugée insuffisante, notamment lors des retransmissions sportives, pourtant très suivies par le public.
La rencontre opposant les Étalons du Burkina Faso à la Guinée-Bissau a récemment cristallisé les frustrations. Sur les réseaux sociaux, les réactions ont fusé : images saccadées, instabilité des caméras, faible netteté… Autant de griefs qui, pour certains observateurs, traduisent un retard technologique de la chaîne nationale, accusée d’utiliser des équipements dépassés face aux standards actuels du HD (Haute Définition) et du Full HD.
Dans un contexte où les chaînes internationales offrent des images de plus en plus fluides et immersives, ces critiques posent la question de la modernisation des infrastructures audiovisuelles nationales.
Face à la montée des critiques, le Directeur général de la RTB, Ateridar Galip Somé, a tenu à réagir à travers des échanges via messenger suite à notre interpellation. D’entrée, il rejette l’idée d’un problème lié à la production des images :
« La RTB n’a aucun problème. C’est plutôt la qualité de votre téléphone. »
Selon lui, une grande partie des critiques proviendrait des conditions de réception du signal, notamment via les téléphones mobiles. Il insiste :
« La plupart des gens qui parlent de la qualité des images n’ont pas de bons récepteurs. Regardez le match à la télé et vous verrez que ce n’est pas la même chose. »
La question des terminaux : un facteur souvent négligé
Le DG met particulièrement en cause les performances des smartphones utilisés par les téléspectateurs :
« Si c’est un Android, je reste convaincu que c’est votre téléphone. Comparez les images iPhone et Android. Vous verrez la différence. »
Dans le domaine audiovisuel, cette remarque renvoie à une réalité technique : la qualité d’affichage dépend non seulement du signal reçu, mais aussi de l’écran, du décodage vidéo et de l’optimisation logicielle du terminal. Certains appareils, notamment haut de gamme, offrent un meilleur rendu des flux compressés.
Toutefois, cette position peut prêter à débat, car la qualité de diffusion initiale reste un facteur déterminant, indépendamment du type d’appareil utilisé.
Au-delà des terminaux, le DG pointe une autre responsabilité majeure : celle de la Société Burkinabè de Télédiffusion (SBT), en charge de la diffusion du signal.
« La RTB produit en haute définition, mais la SBT ne peut pas diffuser en HD. Elle fait une diffusion en mode standard conformément aux recommandations de l’UEMOA. »
Autrement dit, même si les images sont captées en haute qualité, elles sont ensuite compressées ou dégradées au moment de leur diffusion, pour s’adapter aux infrastructures existantes.
Il précise :
« Les images qui partent de chez nous sont en parfaite qualité, mais au récepteur c’est forcément de qualité réduite. Ce n’est pas nous qui assurons la diffusion. »
La modernisation du système de diffusion apparaît comme un enjeu crucial, mais coûteux.
« Pour que la SBT diffuse en HD, il faut renouveler ses équipements. Et ce n’est pas moins de 40 milliards. »
Ce montant souligne l’ampleur des investissements nécessaires pour aligner le Burkina Faso sur les standards internationaux en matière de diffusion télévisuelle.
Dans de nombreux pays, le passage au tout HD, voire à l’Ultra HD, s’inscrit dans des politiques nationales de transition numérique, nécessitant des partenariats publics-privés et des financements conséquents.
Entre perception du public et réalités techniques
Cette situation met en lumière un décalage entre les attentes du public, habitué à des standards élevés via les chaînes étrangères et les plateformes numériques, et les contraintes techniques locales.
Si la RTB assure produire des contenus de qualité, la chaîne reste dépendante d’un écosystème global incluant la diffusion, les équipements des utilisateurs et les normes régionales.
La polémique actuelle pourrait néanmoins servir de catalyseur pour accélérer les réformes. L’amélioration de la qualité de diffusion passe inévitablement par :
la modernisation des infrastructures de diffusion, une meilleure sensibilisation du public aux conditions de réception, et une stratégie nationale claire en matière de transition vers la haute définition.
En attendant, la RTB continue de défendre la qualité de sa production, tout en appelant à une meilleure compréhension des réalités techniques du secteur.
✍️ Assane BAGAYA
















